Jû no Kata et Katame no Kata

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Article paru dans KIAÏ, La revue du CIJAM
N° 3 – 2017-2018 3e trimestre
Chronique de Pascal Dupré: Koshiki No Kata & Ju No Kata, Réflexions sur leur parenté

Chers Lecteurs, Chers Judokas,

Permettez-moi de vous soumettre cet article. Il concerne un sujet qui me tient à cœur, à savoir la pratique des Katas et en particulier le Ju no Kata et le Koshiki no Kata ainsi que les recherches qui y sont associées.

Je commencerai par deux citations de Maître Kano : « Quel Kata est-il préférable de travailler et dans quel ordre faut-il les étudier ? Il est opportun de commencer par le Ju no Kata… », et « …quand l’objectif est de cultiver le sentiment esthétique, le Koshiki no Kata et le Ju no Kata sont indispensables ».

Après des années de pratique assidue de ces deux Katas en parallèle, leur intime relation s’impose comme une évidence.

Cette parenté réside soit dans la similarité, soit dans son opposition. Cet article a pour but de démonter cela. Il me faudra d’abord poser le cadre général pour ensuite entrer dans les détails.

Me Kano, alors âgé de 21 ans (1881) entreprend sa formation auprès de Me Iikubo Tsunetoshi de l’école Kito. Il y apprend le Koshiki no Kata (Kito Kata nom originel) et malgré quelques changements opérés par lui-même, ce Kata est actuellement quasiment dans sa forme d’origine. J’avance l’idée que grâce à l’enseignement reçu, Me Kano va créer le Ju no Kata vers 1887 en y incluant des mouvements du Koshiki no Kata. Le Ju no Kata prit sa forme actuelle en 1906, entérinée lors de la réunion de la Dainihon Butokukai.

Je ne suis pas le seul à observer cette parenté. En 2014, M. Yvon Renellau a écrit un texte en ce sens tout comme d’autres pratiquants. Mes échanges réguliers avec les enseignants de ces Katas me le confirment.

Il est à noter que si le Ju no Kata est « le premier Kata » à étudier, comme le disait Me Kano, c’est surtout parce qu’il est l’expression du principe fondamental de la théorie du Judo, à savoir Ju no Ri, principe de souplesse.

Il n’est pas un Kata classifié dans la catégorie des Randori no Kata (Forme de pratique libre) comme le Nage no Kata et le Katame no Kata, ni dans les Shobu no Kata (Forme d’autodéfense) où l’on trouve le Kime no Kata puis, plus tardivement, le Kodokan Goshin Jutsu (1957), mais bien dans les Taiso no Kata (premier nom donné à ce Kata) actuellement nommé comme Rentai no Kata, c’est-à-dire un Kata de gymnastique ou d’éducation physique. Cela lui confère un « usage », une dynamique intérieure particulière, quand bien même on y pratique l’attaque/défense. Le Koshiki no Kata est classifié dans les Ri no Kata (Forme des théories) dont il fait partie avec le Itsutsu no Kata. Chacune de ces formes propose une approche, une pratique particulière.

Le Ju no Kata est une pratique moderne puisqu’elle peut se faire hors Dojo et sans Judogi car il n’y a ni saisie de la veste, ni chute.

À l’opposé, le Koshiki no Kata est l’expression d’une pratique martiale regardant en direction des vielles-écoles de Jujutsu (Koryo Jutsu). Il est originellement pratiqué en armure, d’où la démarche et la manière de chuter si particulière des pratiquants.

C’est un reliquat des pratiques anciennes issues de la période féodale. En termes d’espace requis, le Ju no Kata se déroule dans un périmètre de plus ou moins trois mètres, par rapport au centre du Kata. Alors que le Koshiki no Kata requiert un espace beaucoup plus grand, permettant les déplacements, les attaques et les contre-attaques de Tori et de Uke, ainsi que les chutes si spécifiques de Uke.

L’axe de travail du Ju no Kata est essentiellement en ligne droite, alors que le Koshiki no Kata exploite également les diagonales ainsi que les perpendiculaires.

Les distances permettant la préparation et l’attaque de Uke sont très courtes dans le Ju no Kata ; les réponses aux attaques sont souvent en Te Waza incluant des Kansetsu Waza et Koshi Waza. Alors que pour le Koshiki no Kata ce sont des Te Waza et Sutemi Waza. Ces dernières sont la signature typique de l’école Kito.

Dans les deux Katas, Uke attaque souvent avec des Atemi (Coup) ou tente des saisies afin de déséquilibrer Tori et de le projeter. Tori esquive ou entre dans l’attaque (Irimi) ou redirige l’action pour contrôler Uke. En Ju no Kata, Uke abandonne avant la chute ou ce qui pourrait lui occasionner une blessure et lorsqu’il est au maximum d’amplitude de ses mouvements. Tori ne perd jamais le contact. Dans le Koshiki no Kata, Uke est systématiquement projeté, et qui plus est, sans être retenu. Uke doit alors gérer sa chute. Dans les deux cas il faut fortement exprimer le déséquilibre (Kuzushi) provoqué sur Uke seule la finalité diffère.

Voyons maintenant le rythme d’exécution de ces Kata. Le Ju no Kata se déroule lentement et chaque attaque ou défense se fait sans accélérations dans un rythme régulier. Le Koshiki no Kata a deux séries distinctes. L’une est Omote exécutée lentement, puis l’autre partie appelée Ura qui se pratique à vitesse rapide. Il est à spécifier que pratiquer lentement est tout sauf aisé. La moindre erreur de placement ou d’action est non seulement visible, mais en plus difficile à corriger, car ça ne peut ni se masquer ni s’absorber par la vitesse. De plus, travailler lentement requiert un contrôle musculaire permanent, et malgré son apparente facilité, est très exigeant psychiquement et énergétiquement parlant.

[Fin de la première partie.]

Pascal Dupré

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