Documentation

La charte du junomichi

La charte de la FIAJ (Fédération Internationale et Autonome de Junomichi)

La F.I.A.J. engage ses adhérents à :

1. Pratiquer assidûment, régulièrement le JUNOMICHI, sans interruption, à ne pas abandonner la pratique, sauf cas de force majeure ou raison justifiée dans la conscience du pratiquant.


2. Abandonner toute pratique dangereuse pour soi ou les partenaires, dans la forme et le fond des techniques.


3. Remplacer (dans le randori ou le test) toute velléité d’agressivité, par un désir sincère de réalisation d’efficacité pour soi-même, non par rapport au partenaire.


4. Faire connaître et promouvoir le JUNOMICHI, diffuser sa forme, sa finalité profonde, idée originelle de Maître Kano. 5. Accepter la formation proposée par ses enseignants, avec un esprit de recherche personnelle partagée avec les autres pratiquants, dans un désir de progrès réciproque.


6. Pratiquer dans le plaisir et la joie avec satisfaction de s’améliorer, en considérant cette pratique comme un art, un jeu éducatif et un moyen de santé physique et morale.


7. Cette Charte doit être un engagement d’honneur en son âme et conscience envers l’organisme, les individus et la pratique du JUNOMICHI.

M. Igor Correa Luna, 1980

Pour approfondir

Qu’est-ce qu’une charte ?

Il s’agit d’un engagement volontaire du ou des signataires, qui affirme des valeurs, des principes ou des règles. Une charte est un document officiel décrivant les droits, les objectifs ou les principes d’une organisation ou d’un groupe de personnes. La charte est un outil de cohésion interne. Elle n’est pas une profession de foi, elle ne commence pas par « je m’engage à ». Il s’agit d’un texte de la FIAJ, qui explicite ce à quoi s’engage les pratiquants de junomichi en acceptant d’être « adhérents » de ce groupe formel.

Les 7 articles en détail

« 1. Pratiquer assidûment, régulièrement le JUNOMICHI, sans interruption, à ne pas abandonner la pratique, sauf cas de force majeure ou raison justifiée dans la conscience du pratiquant. »


Les articles les plus susceptibles d’imprimer la mémoire sont les deux premiers, par leur position et par leur intensité. Ils disent ce qu’il faut faire et ce à quoi il faut renoncer.

La charte formalise l’engagement du junomichika à pratiquer « assidûment », ce qui signifie être régulièrement présent, là où il doit être. Nous trouvons une apparente répétition dans l’expression « assidûment, régulièrement [...], sans interruption, à ne pas abandonner », comme pour rythmer et souligner l’importance de cette première injonction. « JUNOMICHI » est enchâssé entre ces mots, ce qui ne laisse place à aucun doute sur le sens de cet article premier.

La répétition n’en est pas tout à fait une. « Régulièrement » évoque une fréquence de pratique. Nous pouvons pratiquer plus ou moins fréquemment mais la pratique doit être constante, et sans arrêt. Suivent ensuite di9érents degrés d’absence de pratique et aucun d’eux n’est acceptable. « sans interruption » évoque des moments d’absence qui, s’ils se prolongeait, reviendrait à « abandonner », situation extrême.

Cependant, cet engagement n’est pas impérieux puisqu’il serait alors irréaliste et inaccessible. Il comporte des exceptions. Celles-ci sont explicites et limitées : le « cas de force majeure » et une « raison justifiée dans la conscience du pratiquant ». La première exception est un évènement extérieur à soi, imprévisible et qui ne peut être surmonté sans effort ou difficulté. La seconde est une cause plus intérieure. Nous pourrions interpréter que ces exceptions doivent toutes deux être confrontées à la « conscience » du pratiquant.

Le pratiquant de junomichi signataire de la charte prend donc la décision de s’engager, de poursuivre et éventuellement de renoncer en « conscience ». Il est le seul responsable d’une décision qui lui incombe.

Nous pouvons noter que « pratiquer » est présent dans cet article premier, les articles 2 et 6, comme l’alpha et l’oméga des engagements. L’article 7 - comme évoqué à d’autres endroits dans ce texte – n’explicite pas un engagement particulier mais le « par qui » et « vis-à-vis de qui » il se prend.


« 2. Abandonner toute pratique dangereuse pour soi ou les partenaires, dans la forme et le fond des techniques. »


Tout comme les principes du junomichi, la charte est présentée comme un guide, une aide pour le pratiquant. Elle explicite de manière très concise la manière d’aborder les relations du pratiquant avec lui-même (« pour soi »), avec les autres : les « partenaires », et « ses enseignants ».

Avec le verbe « abandonner », on peut entendre que les « pratiques dangereuses » existent et sont toujours susceptibles de se manifester. L’engagement consiste donc à en avoir conscience dès nos premiers pas sur le tatami et tout au long de notre vie de pratiquants. Cet article suit à cet égard le fil du précédent : les pratiques dangereuses ne semblent pas compatibles avec la nécessité de pratiquer sans interruption. Cet abandon des pratiques dangereuses n’est pourtant jamais acquis et l’article appel à une vigilante permanente, sans concession. Elle concerne « toute pratique dangereuse », dans son assertion la plus large. Sans pluriel, elle marque qu’il ne sera pas possible de distinguer certains gestes, certaines attitudes qui pourraient faire exception. Elle ne limite pas non plus le degré de renoncement auquel un pratiquant devra se confronter.

Le danger peut être lié à des maladresses, une méconnaissance des actions. Il concerne tout autant un travail grâce auquel un pratiquant s’est constitué et qu’il lui faut réformer.

L’article précise quatre aspects qui fonctionnent par paire : l’intérieur et l’extérieur, la forme et le fond.

Ni l’intérieur - « pour soi » - ni l’extérieur - « les partenaires » - ne doivent jamais être exposés à un acte dangereux. Cela se comprend aisément.

« La forme et le fond des techniques » nécessite plus d’attention. Cette expression peut s’interpréter comme notre rapport à la compréhension des techniques. La forme d’une technique peut être le ura, ce que l’on voit depuis l’extérieur. Le fond d’une technique serait alors l’omote. Selon le ura, le pratiquant doit prendre conscience de ce qu’il fait lors d’un mouvement – de projection et de chute – à chaque seconde, chaque millimètre de sa trajectoire et que celle-ci ne créé de danger pour personne. Selon l’omote, le pratiquant ne doit cesser de développer une compréhension intime du mouvement et une exigence dans son esprit qui permet de ne jamais laisser apparaître de danger par un sentiment de colère ou une émotion incontrôlée. C’est donc bien un travail permanent et qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas considérer comme acquis.

Pour aller plus loin dans cette analyse, nous pouvons noter qu’il n’est pas explicitement mentionné l’intégrité du corps. On peut donc penser que cette notion de pratique dangereuse a une portée large qui ne se limite pas à la part physique du corps. Cela raisonne avec l’article 6 et la conception du junomichi comme « moyen de santé physique et morale ».


« 3. Remplacer (dans le randori ou le test) toute velléité d’agressivité, par un désir sincère de réalisation d’efficacité pour soi-même, non par rapport au partenaire. »


La forme du combat peut produire des aspects négatifs (« pratique dangereuse ») comme évoqué dans l’article précédent. L’énergie du pratiquant doit donc être orientée (sans mise en danger, sans « velléité d’agressivité ») vers les aspects positifs et nobles du combat – un « désir sincère d’efficacité », « un désir de progrès réciproque ».

La notion de « sincérité » peut être considérée comme une des lois fondamentales de la charte puisqu’elle est présente en filigrane à plusieurs endroits : dans cet article 3, l’article 1 (l’appel à la « conscience » du pratiquant), et l’article 7 (l’engagement en « âme et conscience »).

« Abandonner toute pratique dangereuse » et « Remplacer toute velléité d’agressivité » décrit des aspects négatifs sur lesquels le pratiquant de junomichi doit travailler pour être meilleur. Nous trouvons un écho à cette idée de chercher à s’améliorer dans l’article 5 avec le « désir de progrès réciproque ». Une autre notion essentielle que mentionne la charte dans son style laconique, épuré est celle d’efficacité. Il est question d’être animé « par un désir sincère de réalisation d’efficacité pour soi-même, non par rapport au partenaire ». L’expression ne comporte pas davantage de mots. Elle peut s’interpréter comme une inversion de l’idée d’agressivité dans son intention (« velléité d’agressivité »). L’agressivité se manifeste par des actes qui peuvent être violents à l'égard d'autrui ou de soi-même. Elle traduit une énergie qui n’a pas sa place dans les exercices de junomichi. Remplacer la « velléité d’agressivité » consiste à invoquer une énergie différente. Elle est associée à une sensation (le « désir ») positive, recherchée dans sa vérité (« sincère ») qui permet d’atteindre un travail que je me suis donné pour moi-même (« réalisation d’efficacité pour soi-même »). L’efficacité n’est pas un objectif que j’impose et auquel je soumets mon partenaire. Elle est un guide dans ma vie de junomichika.

Hormis deux articles – le premier et le sixième -, chaque phrase de la charte met en rapport de manière explicite l’adhérent » avec le groupe et les individus qui l’entoure - les « autres partenaire », « ses enseignants », « l’organisme », « les individus », « Maître Kano ». Le rapport à l’autre est constitutif du junomichi.


« 4. Faire connaître et promouvoir le JUNOMICHI, diffuser sa forme, sa finalité profonde, idée originelle de Maître Kano. »


Le nombre impair d’articles permet de placer le fondateur du judo, « Maître Kano » au milieu de la charte. Son nom n’est pas rendu ostensible par la typographie (par exemple, les majuscules comme pour « JUNOMICHI ») mais par la place toute particulière qu’il a dans la structure de la charte. Le fondateur du judo est au centre.

Dans cet article à nouveau, la promotion du junomichi nous concerne tous – c’est ce à quoi la FIAJ engage ses adhérents via la charte. Elle nous invite à « diffuser » ou transmettre dans toutes les directions la substance de notre pratique que sont : la « forme » et « la finalité profonde ».

M. Correa associe ensuite le junomichi à « l’idée originelle de Maître Kano ». Idée vient du latin idea et du grec eidos qui signifie également forme. Il existe de nombreuses définitions du mot « idée » et toutes invoque la notion d’abstraction, de pensée. Nous pourrions aborder ces deux expressions « finalité profonde » et « idée originelle » comme convoquant l’origine d’une représentation mentale, une pensée que chaque pratiquant peut chercher à rencontrer, dans un espace intime, grâce à la pratique. La forme du junomichi serait le support de cette pensée à la fois matérielle et spirituelle.


« 5. Accepter la formation proposée par ses enseignants, avec un esprit de recherche personnelle partagée avec les autres pratiquants, dans un désir de progrès réciproque. »


« Accepter » est peut-être l’un des engagements les plus forts puisqu’il me semble moins aisé à percevoir que les autres et appelle à un travail intérieur. Cette injonction s’applique aux propositions d’enseignement que l’on peut recevoir. « formation proposée », cette expression inscrit l’enseignant dans une recherche personnelle qu’il met à disposition d’autres pratiquants dans le contexte d’une « form[ation] ». Accepter les propositions d’un pratiquant enseignant consiste à les accueillir avec une disponibilité d’esprit particulière (« un esprit de recherche ») avec un rapport sincère d’étude avec ses partenaires. Accepter et rechercher un progrès chez moi. Accepter et rechercher un progrès non pas chez l’autre mais avec l’autre.

Cette acceptation n’est pas limitée à un contexte particulier. Elle s’applique aux idées comme aux formes. Elle s’applique à tous les exercices, y compris le randori et le test d’efficacité.


« 6. Pratiquer dans le plaisir et la joie avec satisfaction de s’améliorer, en considérant cette pratique comme un art, un jeu éducatif et un moyen de santé physique et morale. »


La lecture que ce document propose de la charte de la FIAJ amène à découper, mettre en avant une expression, quelques mots, un mot seul. L’intention est bien de partager une compréhension de chaque article qui se manifeste de l’ensemble des mots qui le composent. De même chaque article de la charte apparaît comme une nécessité. Un seul manquerait et ce ne serait plus la même charte, ni la même définition de ce qu’est l’engagement dans le junomichi.

Le « plaisir et la joie » apparaissent dans cet article 6, après cinq autres particulièrement denses. Cette organisation des articles pourrait signifier que la voie du souple, de la souplesse ou de la douceur commence par une pratique régulière, une exigence dans sa forme et dans le fond, une recherche et une acceptation. Cette recherche ne serait pas complète sans le « plaisir et la joie » qui sont nécessaire pour avoir un corps, un esprit disponible. En effet, l’engagement et une étude exigeante, concentrée emmène le corps et l’esprit vers une forme de contraction, de réduction des sens. Le « plaisir et la joie » permet en même temps de les maintenir ouverts, étendre leur champ pour une plus grande efficacité dans l’action et dans le temps.

C’est une condition de travail nécessaire et en est également une conséquence. Le junomichi est une forme qui nous permet la recherche d’une « finalité profonde » – un « art » –, c’est une activité qui procure un plaisir en ce qu’il permet un apprentissage, le développement d’une connaissance à partir d’un « jeu éducatif » et qu’il nous donne accès à une meilleure « santé physique et morale ».

Nous pourrions presque trouver dans ce dernier article – nourrit de ceux qui le précédent – une manière de définir le junomichi.


« 7. Cette Charte doit être un engagement d’honneur en son âme et conscience envers l’organisme, les individus et la pratique du JUNOMICHI. »


Cet article n’explicite pas un « devoir » particulier. Il convoque les six articles précédents et stipule par qui cette charte est signée et vis-à-vis de qui, de quelle entité les engagements du pratiquant sont pris. C’est un paragraphe qui précède la signature, le sceau du pratiquant.

Le pratiquant s’engage auprès de trois entités majeures que sont l’« organisme », c’està-dire ce groupe de personnes qui fonctionnent ensembles, qui font corps, de manière vivante. En son sein, les « individus », … il s’engage vis-à-vis d’êtres humains, êtres particuliers dans leurs ressemblances, et leurs différences, par rapport aux autres, par rapport à soi. Nous pouvons y lire en filigrane la notion d’altérité. Et la dernière entité vis-à-vis de laquelle nous prenons les engagements de la charte, « la pratique du JUNOMICHI ». Elle est aussi sa dernière expression avant le point final du document.

Les mots de la charte commencent par la structure (la FIAJ) et s’achève par son cœur.

Les membres de la Commission technique de la FIAJ

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